A partir du 16 septembre, le Théâtre Les Tanneurs, situé au cœur du quartier des Marolles à Bruxelles, proposera la pièce Hiver de Jon Fosse, l’auteur norvégien le plus joué dans son pays et dans le monde. Il a reçu de nombreux prix littéraires, dont le prix Ibsen (1996), le prix Nestroy, décerné à Vienne (2000) et le prix du théâtre du Conseil nordique (2000). Auteur émérite et accompli, son œuvre est traduite dans une trentaine de langues. Une œuvre poétique profonde et déroutante où les silences, les non-dits et les actes inachevés rythment le sens de la vie voire de l’existence de ses personnages.
Une histoire de « l’ailleurs »
Deux personnes se croisent. Un homme et une femme. Le parc est recouvert de neige, ils se rencontrent pour la première fois et…parlent. Ou pas vraiment. Jon Fosse fige ces instants où tout se joue, où tout s’arrête. Ces moments où les mots manquent et les gestes sont incompris. « Hiver » dresse le tableau déroutant des changements soudains qui surviennent au cours d’une vie.
« Et toi
toi
toi là (…)
est-ce qu’il y a quelqu’un d’autre ici »
L’homme, la femme, l’écriture
Il y a un paradoxe dans l’écriture de Jon Fosse. Tout d’abord, son écriture nous raconte l’histoire de deux êtres qui semblent incapables de communiquer ensemble. Le premier mouvement dégage un flot de paroles d’un côté, un quasi-mutisme de l’autre. Parfois, les personnages semblent se parler à eux-mêmes ou répondent à côté. Souvent la parole se cherche, a du mal à sortir, s’interrompt et, dans le même temps, lorsque les personnages communiquent, ils se parlent « vraiment ». C’est une parole extrêmement sincère et directe. Il y a à la fois dans les mots une parole frontale et, d’autre part, dans les silences et le vocabulaire restreint, un amenuisement de la parole, une échappée. Ce qu’ils se disent est simple et pourtant il est troublant de constater qu’ils expriment avec autant de simplicité leur solitude et le besoin l’un de l’autre.
C’est une écriture qui laisse une grande place au silence, au non-dit, à ce qui se raconte souterrainement. Il faut être très attentif à dégager un sens qui dépasse le sens premier de ce qui se dit car la forme même de l’écriture installe un ailleurs.« Quand j’écris pour le théâtre j’essaie d’écrire des pièces [avec] des moments de profond, profond chagrin, mais aussi souvent des moments qui dans leur maladroite humanité invitent au rire. »
Minimaliste, répétitive, l’écriture de Jon Fosse évoque des situations souvent très simples. Le danger est de rendre cette écriture banale, de la rendre quotidienne. L’écriture semble réduite à un squelette, usant d’un vocabulaire élémentaire. Mais chaque mot y gagne en densité par l’effet de répétition, comme s’il était rendu à sa réelle dimension.
Depuis 2005, Caroline Logiou met en scène exclusivement des auteurs contemporains : Thomas l’Obscur, 1er Chap. d’après Maurice Blanchot interrogeait le désir de mort devant la contemplation de la mer, Harangue berceuse de Didier-Georges Gabily évoquait le désir d’autodestruction dont sont parfois animés les êtres humains, enfin Gris Balte dont elle est l’auteure, retrace le parcours d’une femme qui finira par disparaître dans la mer en laissant en suspens la question du suicide. Il n’est pas difficile de remarquer que tous ces projets ont le point commun d’interroger le rapport à la mort. Jon Fosse dit à ce sujet qu’il ne raconte que des « histoires d’amour et de mort ».
Hiver de Jon Fosse :
Mis en scène par Caroline Logiou
Au théâtre Les Tanneurs
16.09 > 19.09.2009 – 20H30
21.09.2009 – 20H30
Une création de NU asbl en coproduction avec le Théâtre Les Tanneurs
Avec l’aide de Vrac / L'Escaut, le Bulex et Wallonie Bruxelles Théâtre.
L’Arche est éditeur et agent théâtral du texte représenté.